Jusqu’où ira le chef d’État béninois Patrice Talon ? Accusant l’ambassadeur de la mission de l’Union européenne d’ingérence dans les affaires de politique intérieure, le gouvernement béninois lui a demandé de quitter le pays, selon plusieurs sources diplomatiques béninoises et européennes, mercredi.

« Il [Oliver Nette] s’intègre beaucoup trop dans les affaires intérieures. Il ne respecte pas son devoir de réserve de diplomate », a justifié une source diplomatique béninoise haut placée sous couvert d’anonymat. « Il a jusqu’au 1er décembre prochain pour partir du Bénin », a-t-elle ajouté. « Le Ministère [des Affaires étrangères du Bénin] avait déjà plusieurs fois attiré son attention sur des excès, mais il a persisté. Il se disait protégé par Bruxelles. » Une porte-parole européenne a expliqué que le service d’action extérieure avait été informé le 20 novembre de la décision des autorités béninoises de retirer leur agrément à Olivier Nette, ressortissant allemand et chef de la délégation de l’UE.
« Pour l’UE, rien ne peut justifier une telle mesure dans les bonnes relations globales qui existaient jusqu’à présent entre l’UE et le Bénin », a-t-elle déclaré. « Nous avons donc demandé d’urgence à nos partenaires béninois des éclaircissements sur les raisons spécifiques de leur décision, mais nous ne les avons pas encore reçues à ce stade », a-t-elle précisé.

Selon plusieurs sources diplomatiques européennes en poste à Cotonou, cette décision a été prise de manière brutale, sans convocation préalable, contrairement aux usages diplomatiques en vigueur.

Déjà , le président Patrice Talon avait viré Vincent Bolloré du projet de boucle ferroviaire de près de 3000 km qui consistait à construire un chemin de fer long de 1170 km devant relier les villes de Cotonou et Parakou au Bénin à celles de Dosso, Niamey et Téra (Niger), Dori et Ouagadougou (Burkina) jusqu’à Abidjan. Ensuite la réhabilitation de 1830 km des anciennes voies ferroviaires Parakou/Cotonou et Abidjan/Ouagadougou. Bolloré avait manoeuvré de toutes ses forces pour s’attribuer ce juteux marché. Éjecté, l’industriel français avait porté plainte contre l’État béninois, mais avait été débouté.

En s’attaquant aux grosses baleines, Patrice Talon, homme d’affaires et président du petit État qu’est le Bénin, risque porter tous les Européens sur le dos. Et on imagine la suite. Le Bénin traversant actuellement une crise politique depuis le mois d’avril, date à laquelle ont eu les dernières élections législatives où l’opposition n’avait pas pu présenter de candidat, les pressions de l’Union européenne s’accentuent.

L’ancien président béninois et opposant Thomas Boni Yayi avait dénoncé une « parodie d’élections » et vit désormais en exil. Il a fait une visite éclair dans le pays avec une délégation de la CEDEAO. Et si la crise persiste, le régime Talon risque d’être déstabilisé avec la complicité de…

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