Qui est Hadama Traoré, le militant d’Aulnay pour qui le tueur de la préfecture n’est pas un terroriste

Qui est Hadama Traoré, le militant d’Aulnay pour qui le tueur de la préfecture n’est pas un terroriste

Hadama Traoré, un militant associatif d’Aulnay, a appelé à un rassemblement, jeudi à Gonesse (Val-d’Oise) pour « rétablir la vérité » sur Mickaël Harpon.

Hadama Traoré est un tribun qui sait faire parler de lui. Depuis trois ans, le trentenaire à la carrure solide originaire des la cité des 3 000, à Aulnay-sous-Bois, père de famille — mais aussi « gars de quartier », « noir de banlieue, ex-délinquant, et tête de liste aux Européennes », est le cofondateur du collectif citoyen « la Révolution est en marche ».

Il est revenu ces dernières heures sous les feux de l’actualité en appelant à un rassemblement, jeudi à Gonesse (Val-d’Oise) pour « rétablir la vérité » sur Mickaël Harpon, qui a tué quatre personnes le 3 octobre à la préfecture de police de Paris. A ses yeux, Harpon est passé à l’acte à cause des discriminations dues à son handicap et non à cause d’un quelconque motif religieux.

Devant le tollé suscité par son initiative, qualifiée d’ «infamie» par Christophe Castaner, l’homme nous a assuré ce mercredi ne pas «soutenir» le tueur mais maintient qu’Harpon n’était pas un terroriste.

Figure locale à Aulnay-sous-Bois

Grâce à son mouvement créé en 2017, Hadama Traoré est rapidement devenue une figure locale à Aulnay-sous-Bois, puis une star des réseaux sociaux, où certaines de ses vidéos dépassent allègrement les centaines de milliers de vues.

Né le soir de Noël 1984, le Francilien est l’enfant de deux Maliens qui se sont installés à la cité des 3 000 en 1980. Mère femme de ménage, père éboueur. A l’école, se soumettre à l’autorité n’a jamais été son truc. Des années plus tard, c’est sans doute toujours le cas. Le « gars de quartier » veut dénoncer et s’émancipe en ligne.

A force d’interventions musclées filmées en plan selfie et publiées en live sur son compte Facebook, de rassemblements spontanés plus ou moins réussis, il s’est fait un nom.

Ses combats : le mal-logement, le clientélisme et surtout les violences policières
Ses domaines de prédilection principaux : le mal-logement, le vote des détenus, la dénonciation du clientélisme, la lutte contre destruction de lieux emblématiques de la ville… Mais surtout les violences policières.

La refonte de l’institution policière est d’ailleurs l’une des priorités de son programme politique : « Le jour où on prend le pouvoir, le premier truc qu’on fait c’est qu’on la saute », clame-t-il, dans un portrait que lui a consacré le média en ligne Vice.

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Certaines de ces sorties lui ont valu des plaintes, dont une de Gérard Collomb, pour « injures ». « Il y a des policiers qui nous violent, il y a des policiers qui nous tuent, il y a des policiers qui nous violentent dans nos quartiers… Et nous, qui nous protège ? », avait-il déclaré en février 2018 à l’occasion d’une manifestation devant le siège du syndicat de police Alliance, à Paris, en février dernier. Une affaire dans laquelle il a été relaxé.

A Aulnay, certains le décrivent comme un militant « sincère mais très imprudent » dans le choix de ses chevaux de bataille. Son jeune parti politique « Démocratie représentative » avait ainsi été perméable aux rumeurs qui ont couru à l’été 2018 à Aulnay, sur l’existence de « cours d’éducation sexuelle » dans les écoles publiques.

Autre élément qui a semé le trouble : cette vidéo sur Facebook, dans laquelle il s’affiche aux côtés d’un soutien de Dieudonné.

Condamné pour menaces envers le maire

Hadama Traoré s’est tissé localement une réputation sulfureuse. En juin 2019, il a ainsi été condamné à six mois de sursis pour menaces envers le maire (LR) d’Aulnay Bruno Beschizza. Il avait menacé l’édile de le séquestrer et de mettre le feu à la mairie.

Lui se défend, dit vouloir réveiller la conscience des quartiers. Objectif : « Mettre en place une politique locale et nationale qui ne stigmatise plus les quartiers populaires. »

Aux dernières élections européennes, il a été l’unique candidat des banlieues.

Candidat aux dernières Européennes de Hadama Traoré

Le slogan ? Le vote est une arme. « Le corps politique n’est plus à l’image de la population », dit-il dans sa vidéo de campagne. « Le message est fort, martelait-il alors dans nos colonnes. Oui, un gars de cité peut être député européen ! ». A Aulnay-sous-Bois, son mouvement a fait, 2,31 % des voix. Soit 356 voix. Dans son quartier d’origine, les 3 000, il est arrivé premier.

Son mouvement, qui compte un « noyau dur » d’une cinquantaine de personnes, a aussi mené des actions concrètes. Comme la création d’une amicale des locataires aux 3 000, comme il en existe une à la cité de l’Europe, qui a obtenu du bailleur la rénovation complète d’un hall, à hauteur de 58 000 €.

Actions citoyennes

Autre action : quelques jours après le début de l’affaire Théo, ce jeune homme victime d’un viol présumé lors d’un contrôle de police à Aulnay, Hadama Traoré a rencontré le collectif Citoyens et policiers. Le but ? « Rédiger des propositions pour améliorer les relations entre les habitants et la police. L’objectif, c’est de créer une charte de bonne conduite, qui pourrait être affichée dans les commissariats », détaille l’Aulnaysien.

Il a ainsi organisé plusieurs actions citoyennes – contre les violences policières, les compteurs Linky, ou encore la destruction du Galion, un bâtiment emblématique de la ville. Il avait aussi un temps annoncé des ambitions pour les élections municipales de 2020, avant, récemment, de se rétracter sur ce point.

En attendant, il a été placé mercredi soir en garde à vue pour « menace, acte d’intimidation sur une personne exerçant une fonction publique ou d’utilité collective, menace de crime contre les personnes et outrage » et son domicile a été perquisitionné.

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